AI dans le tribunal : les machines devraient-elles avoir des droits légaux ?
Le récent investissement de plusieurs milliards de livres dans l’infrastructure de l’intelligence artificielle (IA) au Royaume-Uni a remis la réglementation de l’IA au centre des préoccupations.
Il est bien documenté que toute réglementation de l’IA est un exercice délicat. Les gouvernements du monde entier reconnaissent la nécessité de mettre en place des mesures de contrôle. En même temps, l’introduction de restrictions pourrait entraver la croissance et étouffer un secteur économique en pleine expansion.
Un équilibre est-il possible ?
Dans cet article, nous nous concentrons sur le récent document de discussion de la Commission du droit sur “L’IA et le droit” et considérons deux questions :
- (i) La sensibilisation aux questions juridiques concernant l’IA ;
- (ii) La nécessité d’une discussion plus large sur le sujet.
La Commission du droit propose une suggestion quelque peu radicale : la réforme pourrait consister en l’octroi d’une forme de personnalité juridique aux systèmes d’IA. Cette suggestion peut sembler surprenante. En effet, le document note que des institutions académiques débattent du sujet depuis un certain temps. Si les sociétés, qui sont fictives par nature, peuvent se voir attribuer une personnalité juridique, qu’est-ce qui empêche l’IA d’obtenir le même statut ?
Quelle est la position du Royaume-Uni sur la réglementation de l’IA ?
L’IA attire l’attention de nombreux gouvernements et autorités réglementaires dans le monde. La loi sur l’IA de l’Union européenne se distingue comme la première législation mondiale majeure conçue pour réglementer l’IA. Actuellement, le Royaume-Uni n’a ni loi spécifique sur l’IA, ni plans concrets pour une législation équivalente.
Pourquoi cela ? Légiférer sur de nouvelles technologies telles que l’IA, qui évoluent constamment, est incontestablement difficile. L’IA offre de nombreuses opportunités de croissance, et les pays laissés pour compte dans la course à l’innovation risquent de manquer des avantages économiques considérables. Jusqu’à présent, le Royaume-Uni a adopté une approche prudente en équilibrant innovation et réglementation, maintenant une approche décentralisée basée sur des principes pour conserver la flexibilité.
Les points clés du document de la Commission du droit
Le document vise à sensibiliser aux questions entourant l’IA et, en soulignant la nature complexe de cette technologie, à identifier des domaines potentiels de réforme juridique. Il ne fournit pas d’analyse détaillée ni de suggestions spécifiques, mais soulève une série de questions difficiles à résoudre dans le cadre de la législation actuelle.
Qu’en est-il de la proposition d’accorder une personnalité juridique à l’IA ? En isolation, cela semble ambitieux, mais la logique est introduite de manière cohérente, bien que les détails sur la mise en œuvre restent à définir. Le document souligne les problématiques suivantes :
- Autonomie et adaptabilité de l’IA : L’IA a été développée pour accomplir des tâches humaines à un rythme et une précision inaccessibles par les normes humaines. À mesure que les systèmes d’IA deviennent plus autonomes, il devient plus difficile d’attribuer la responsabilité légale de leurs actions.
- Causalité : L’imprévisibilité des résultats de l’IA rend difficile l’établissement de la causalité factuelle et légale, notamment dans les cas de négligence ou d’infractions criminelles.
- Opacité : Les systèmes d’IA sont souvent opaques en raison de protections propriétaires et de la complexité technique, compliquant ainsi les exigences pour les autorités publiques de justifier leurs décisions.
- Surveillance et confiance : Le niveau de surveillance et la confiance raisonnable dans les résultats de l’IA posent un problème juridique clé, surtout dans les professions réglementées.
- Formation et données : La formation de l’IA sur de grandes bases de données soulève des questions juridiques concernant la violation des droits d’auteur et la protection des données personnelles.
Une personnalité juridique distincte pour l’IA ?
Le document explore si l’octroi aux systèmes d’IA d’une forme de personnalité juridique pourrait combler les lacunes de responsabilité. Il note les défis significatifs et les conséquences potentielles non intentionnelles de cette initiative.
Si une personnalité juridique était accordée, des critères seraient nécessaires (comme le niveau d’autonomie), ainsi qu’une attention particulière aux droits, obligations et mécanismes de responsabilité des entités d’IA.
Conclusion
Ce document représente un point de départ précieux en exposant les principales questions, en soulignant les risques juridiques et en fournissant une base pour envisager des changements futurs. Cependant, il ne dépasse pas les travaux académiques précédemment publiés sur le sujet.
Si de futurs efforts s’appuient sur ce travail et définissent des priorités claires, le document pourrait soutenir des réformes législatives bien conçues et efficaces. Sans suivi, une incertitude continue et des approches incohérentes pourraient persister.
Jusqu’à présent, aucun progrès concret dans la réglementation de l’IA n’a été réalisé. Les développements dans ce domaine, en particulier ceux de l’Union européenne, sont suivis de près.
