AI chatbots et droit de la concurrence : un regard sur les enquêtes antitrust concernant Meta WhatsApp
L’essor des agents d’IA conversationnels, allant de simples chatbots à des assistants sophistiqués capables de commerce autonome, transforme la manière dont les entreprises et les consommateurs interagissent avec les services numériques.
Alors que cette technologie évolue, les autorités de la concurrence du monde entier examinent si les plus grandes plateformes technologiques peuvent exercer un contrôle sur l’accès aux marchés émergents de l’IA.
Enquête antitrust de la Commission européenne
Le 4 décembre 2025, la Commission européenne (CE) a lancé une enquête pour déterminer si la nouvelle politique de WhatsApp de Meta pourrait constituer un abus de position dominante en violation de l’article 102 du TFUE. Les préoccupations clés de la CE incluent :
- Exclusion des services concurrents : La CE craint que Meta n’exploite son pouvoir de marché dans le secteur de la messagerie pour exclure les fournisseurs concurrents de services de chat IA.
- Autopréférence et levier d’écosystème : Une autre préoccupation est de savoir si Meta favorise ses propres services, rendant son assistant IA, “Meta AI”, le seul chatbot génératif facilement disponible sur WhatsApp.
- Impact sur l’innovation et les consommateurs : La CE est préoccupée par les effets dynamiques sur l’innovation et le bien-être des consommateurs, souhaitant voir la concurrence stimuler l’innovation technique dans les nouveaux cas d’utilisation de l’IA.
Injonction provisoire en Italie
Le 24 décembre 2025, l’Autorité de la concurrence italienne (ACGM) a ordonné à Meta de suspendre sa décision d’interdire les chatbots IA concurrents sur la plateforme Business de WhatsApp en Italie, en attendant la conclusion de leur enquête antitrust.
Dans sa décision, l’ACGM a averti que ce changement soudain dans les règles de fonctionnement de WhatsApp pourrait nuire aux plans de développement et d’investissement des concurrents, impactant irréversiblement la concurrence.
Mesure préventive au Brésil
Le 12 janvier 2026, l’Autorité brésilienne de la concurrence (CADE) a ordonné à Meta de suspendre ses nouveaux termes contractuels par le biais d’une injonction temporaire, visant à éviter des dommages irréparables à la concurrence.
CADE a constaté des indications fortes d’abus de position dominante par Meta, notant que leur conduite pourrait constituer une stratégie d’exclusion.
Justifications pro-concurrentielles de Meta
Meta défend sa nouvelle politique de WhatsApp en prétendant qu’elle est nécessaire pour protéger l’intégrité technique et la performance de WhatsApp :
- Protection de l’intégrité technique : Meta soutient que les chatbots IA tiers exercent une pression excessive sur les systèmes de WhatsApp.
- Utilisation prévue de la plateforme : Meta considère que la présence de chatbots IA autonomes sur WhatsApp constitue un usage non prévu de son API Business.
- Impact minimal sur la concurrence : Selon Meta, le marché des assistants IA est hautement compétitif et les fournisseurs d’IA ont de nombreuses autres façons d’atteindre les utilisateurs.
Alors que Meta fait face à plusieurs enquêtes dans différentes juridictions, il reste à voir si les régulateurs de la concurrence et les tribunaux concluront sur ces questions.
La situation pourrait également influencer la manière dont d’autres autorités, comme la CMA au Royaume-Uni, abordent ces problématiques en matière de concurrence.
