Pourquoi l’Afrique a besoin d’un cadre d’IA inspiré par l’Ubuntu
L’intelligence artificielle (IA) devient rapidement une technologie fondatrice, comparable à l’électricité ou à Internet. Comme les technologies générales précédentes, elle promet des gains de productivité, de nouveaux services et une croissance économique. Cependant, l’histoire montre que ces technologies ne se diffusent que rarement de manière uniforme. Elles tendent à récompenser ceux qui disposent de capital, d’infrastructure et de capacités institutionnelles en premier, élargissant souvent les écarts avant même qu’une convergence ne se produise.
Une illustration classique de ce schéma
L’adoption de l’électricité à la fin du XIXe siècle en est un exemple classique. Les principaux gains de productivité de l’électricité sont apparus des décennies après son invention, bénéficiant initialement aux grandes usines urbaines capables d’investir dans de nouveaux équipements, tandis que les petites entreprises et les zones rurales prenaient du retard. Cette diffusion inégale a d’abord élargi les disparités économiques, comme l’a détaillé Paul David dans “The Dynamo and the Computer”.
Le rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), “The Next Great Divergence”, avertit que, sans choix politiques délibérés, l’IA risque d’intensifier l’inégalité entre et au sein des pays plutôt que de la réduire. L’IA, insiste le rapport, n’est pas un destin. Son impact dépendra des choix faits maintenant concernant l’investissement, la gouvernance, les compétences et la participation à la conception de ces systèmes.
Des points de départ inégaux, des résultats inégaux
Le PNUD identifie trois canaux par lesquels l’IA peut façonner l’inégalité : les personnes, l’économie et la gouvernance. Dans tous ces domaines, les points de départ sont cruciaux. Les pays disposant d’électricité fiable, d’une connectivité de haute qualité, d’une infrastructure informatique, de main-d’œuvre qualifiée et d’institutions solides sont en mesure de capturer les premiers gains. D’autres risquent un déploiement plus lent, une performance systémique plus faible et une dépendance croissante à des technologies développées à l’extérieur.
Bien que le rapport se concentre sur l’Asie et le Pacifique, son diagnostic résonne fortement dans les contextes africains. De nombreux pays africains font face à des lacunes dans l’infrastructure numérique, à un accès limité à l’informatique, à des pénuries de compétences spécialisées et à une capacité réglementaire restreinte.
Les défis de l’adoption de l’IA en Afrique
Les systèmes de traitement du langage naturel déployés ou pilotés en Afrique ont souvent échoué car les modèles sous-jacents ont été formés sur des données qui ne reflètent pas les langues, dialectes ou contextes culturels locaux. Cela produit des résultats inexactes et repose sur des données et une expertise qui résident en dehors des pays où ils sont utilisés.
Pour les personnes, l’IA promet d’améliorer les diagnostics de santé, l’éducation personnalisée et l’accès aux services publics. Pourtant, lorsque les communautés africaines sont absentes des ensembles de données – ou représentées uniquement par des substituts – les systèmes formés ailleurs mal classifient, excluent ou déforment les réalités vécues.
Pour l’économie et la gouvernance
L’IA peut accroître la productivité et créer de nouvelles formes de travail, mais les gains sont susceptibles de se concentrer là où les compétences, le capital et les écosystèmes d’innovation existent déjà. Les pays incapables d’investir dans l’infrastructure, la recherche et les entreprises locales risquent d’être enfermés dans des rôles à faible valeur dans les chaînes de valeur mondiales de l’IA.
En matière de gouvernance, l’IA peut renforcer l’administration publique et la prise de décision, mais seulement là où les institutions peuvent auditer les systèmes, faire respecter la responsabilité et fournir des voies de recours significatives.
Choix, pas inévitabilité
Le PNUD ne présente pas ce résultat comme inévitable. Que l’IA réduise ou élargisse l’inégalité dépend de la manière dont les gouvernements séquencent leurs actions, investissent dans des bases solides – électricité, connectivité, informatique – et renforcent les capacités, telles que les compétences, les institutions et la gouvernance.
Un cadre basé sur l’Ubuntu
Il est proposé un cadre de gouvernance qui considère l’IA comme relationnelle et sociale, plutôt que purement technique ou propriétaire. Ce cadre, ancré dans l’éthique africaine de l’Ubuntu, met l’accent sur l’inclusivité et le bien-être collectif dans la définition de qui bénéficie de l’IA et qui en est responsable.
Le cadre d’IA Ubuntu et le scorecard d’IA Ubuntu visent à répondre à ce défi. Ils sont issus d’une réflexion collective et cherchent à engager avec le développement mondial de l’IA de manière délibérée et sur des bases claires.
Opérationnaliser la capacité par le Scorecard d’IA Ubuntu
Ce scorecard traduit ces valeurs en normes mesurables, évaluant les partenariats d’IA sur la propriété, les compétences, la souveraineté des données, la gouvernance et l’impact socio-économique. Cela garantit que l’Afrique est co-créatrice, et non simplement source de données.
Cette approche est en accord avec l’accent mis par le PNUD sur le séquençage et les points de départ. Plutôt que de supposer une capacité égale, elle traite la gouvernance comme un outil pour renforcer les capacités au fil du temps.
Partenariats sur des termes délibérés
Étant donné la position actuelle de l’Afrique dans les écosystèmes mondiaux de l’IA, les partenariats sont inévitables. Le cadre d’IA Ubuntu insiste sur le fait que ces partenariats doivent être structurés pour accélérer la capacité domestique, pas la remplacer.
En somme, l’« Alerte au sujet de la prochaine grande divergence » est un avertissement sur ce qui se passe lorsque les technologies transformatrices se diffusent le long des lignes de faille existantes. Les leçons douloureuses de l’histoire de l’Afrique montrent qu’une convergence peut se produire lorsque la technologie est alignée sur l’investissement dans les personnes, les institutions et la valeur publique.
Conclusion
Le cadre d’IA Ubuntu et le Scorecard représentent une tentative de traduire ces avertissements en réponses. Ils sont explicitement centrés sur l’Afrique, ancrés dans les réalités vécues et conçus pour compléter les efforts de gouvernance mondiale plutôt que de les reproduire sans critique.
Si l’avenir de l’IA sera façonné par le choix, alors la tâche de l’Afrique est claire : rendre ces choix explicites, applicables et orientés vers le développement, avant que la prochaine divergence ne devienne ancrée.
