L’IA au service de l’efficacité des tribunaux pénaux : enjeux et limites

Leveson sur l’IA dans les tribunaux pénaux – efficacité et limites de l’automatisation

Lors d’une intervention au Westminster Legal Policy Forum le 26 février, Sir Brian Leveson a présenté l’IA comme un levier pratique pour lutter contre les retards dans les tribunaux pénaux, mais uniquement avec des garanties strictes, une amélioration des capacités techniques dans l’ensemble du système et une préférence pour des outils fermés.

Contexte et défis

Leveson a mis en relation deux aspects souvent traités séparément dans le débat sur les tribunaux pénaux : l’ampleur des retards et le rôle opérationnel de la technologie pour les réduire. Avec un arriéré de près de 80 000 affaires, il a décrit un système où les victimes et les accusés attendent si longtemps que la confiance s’effondre, les témoins se désengagent et certains accusés exploitent le système dans l’espoir que les affaires s’effondrent d’elles-mêmes.

Face à cette situation, il a soutenu que le gouvernement doit tirer tous les leviers disponibles : réformes structurelles, investissements dans la capacité et un accent sur l’efficacité dans la police, les poursuites, la défense, les tribunaux et les prisons. La technologie, et en particulier l’IA, est présentée comme un facilitateur qui peut être appliqué tout au long du cycle de vie d’une affaire.

Établir des limites pour l’IA

Leveson a été clair sur le fait que l’adoption de l’IA ne devrait pas être sans restrictions. Des garanties sont nécessaires pour s’assurer que l’utilisation de l’IA renforce, et non pas affaiblit, les principes fondamentaux de la justice. Son principe directeur, simple et répété, est que l’IA doit augmenter la prise de décision humaine, et non la remplacer.

Technologie et preuves numériques

Il a attribué les retards à des facteurs familiers tels que les contraintes de financement à long terme, les perturbations dues à la COVID et les grèves, mais a également souligné un facteur croissant : la complexité de la preuve numérique. L’explosion des données numériques a modifié ce que les enquêteurs collectent, ce que les procureurs doivent examiner et comment la divulgation est gérée.

Exemples d’application de l’IA

A. Préparation des preuves

Les exemples les plus concrets de l’IA se situent au début du processus. Leveson a décrit un rôle pour la technologie dans la réduction de la bureaucratie policière, le soutien à la préparation des preuves et l’assistance à la censure et à la construction de dossiers. Il a également évoqué des outils pouvant soutenir la prise de décision du CPS et la divulgation, y compris des recherches sur le matériel inutilisé.

B. Gestion numérique des affaires

Un deuxième groupe de recommandations a porté sur la gestion des affaires. Leveson a soutenu un cadre de listing national au sein de la Crown Court et a plaidé pour un système de gestion numérique des affaires permettant des tableaux de bord en temps réel et une planification au sein d’une plateforme commune.

C. Processus judiciaire

Leveson a également mis l’accent sur une meilleure utilisation du temps judiciaire. Il a plaidé pour une participation à distance accrue, avec des audiences préliminaires à la Crown Court par défaut devant un juge, et d’autres parties participant à distance.

D. Gouvernance et systèmes fermés

Lors de la session de questions-réponses, il a souligné l’importance de la gouvernance et de l’interopérabilité des systèmes. Il a mis en garde contre un engagement excessif envers des outils qui ne communiquent pas entre eux et a plaidé pour une littératie en IA à travers le système.

Conclusion

Leveson a présenté l’IA non pas comme un ajout futuriste, mais comme un aspect fondamental des systèmes judiciaires futurs, conçu pour soutenir, et non substituer, la prise de décision légale.

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