Régulation ciblée des « dark patterns » en Australie
Le Bill 2026 sur les pratiques commerciales déloyales (UTP Bill) a été adopté le 2 juillet 2026 et entrera en vigueur le 1 juillet 2027. Il ajoute à la Australian Consumer Law (ACL) une interdiction explicite des pratiques qui manipulent le consommateur ou déforment l’environnement décisionnel. Parmi les exemples cités : minuteurs inutiles, interfaces excessivement complexes et toute forme de nudge coercitif visant à pousser le consommateur à des actions non intentionnées.
Impact de l’IA sur les dark patterns
Un rapport de l’ACCC de décembre 2025 montre que l’IA peut « supercharger » ces pratiques en générant du contenu dynamique adapté en temps réel aux utilisateurs. Les entreprises devront assurer la complétude et la précision des informations ainsi que la conception holistique de leurs interfaces pour éviter toute forme d’interférence indue.
Focus sur l’IA agentique
Le terme « agentic AI » désigne des systèmes autonomes capables de réaliser des recherches sur Internet et de contrôler d’autres programmes. Cette autonomie pose un problème crucial de responsabilité juridique. Actuellement, la législation australienne repose sur l’attribution d’intention humaine aux entreprises, ce qui devient problématique lorsque les décisions sont prises par une IA.
Exemple jurisprudentiel : Moffatt c. Air Canada
Le Tribunal de résolution civile a jugé qu’Air Canada était responsable des déclarations trompeuses de son chatbot, refusant l’argument selon lequel l’IA constituait une entité juridique distincte. Cette décision illustre le risque que les tribunaux australiens suivent une logique similaire, imposant la responsabilité aux entreprises même lorsque l’IA agit de façon autonome.
Enjeux de concurrence liés à l’IA agentique
L’ACCC surveille les risques de collusion entre agents IA et les pratiques de self‑preferencing. Un livre blanc du Governance Institute (mai 2026) recommande une gouvernance robuste et des stratégies de gestion des risques pour anticiper ces défis.
Partenariats stratégiques, acqui‑hires et application du droit de la concurrence
Le National AI Plan 2025 vise à attirer des investissements dans les infrastructures critiques, notamment les data‑centres. L’ACCC met en garde contre les risques d’encrage et d’interdépendance dans la chaîne d’approvisionnement IA. Les fusions et acquisitions dans le secteur seront soumises à un nouveau régime de contrôle obligatoire, avec une probabilité élevée de révision en phase 2.
Partenariats non capturés par le régime de fusion
Des partenariats stratégiques entre entreprises à différents niveaux de la chaîne peuvent créer des barrières à l’entrée sans déclencher les seuils de fusion. De même, les acqui‑hires permettent d’acquérir du talent et de la propriété intellectuelle sans être soumis à un examen approfondi.
Exemple d’application : Google vs. Telstra & Optus
Google a reconnu une violation de la section 45 du Competition and Consumer Act 2010 en s’assurant d’être le moteur de recherche par défaut sur les appareils Android australiens. L’accord de règlement a conduit à la suppression de clauses restrictives, ouvrant le marché aux futurs outils de recherche, y compris ceux intégrant l’IA.
Conclusion
L’Australie adopte une approche proactive pour encadrer les pratiques commerciales déloyales et les risques liés à l’IA. Les entreprises doivent surveiller les évolutions législatives, intégrer des mesures de conformité dès la conception de leurs produits IA et préparer des stratégies de gestion des risques afin de rester compétitives dans un environnement réglementaire en rapide mutation.
