Sécurité IA : protéger les travailleurs européens

Contexte et enjeux de la régulation de l’IA dans la sécurité au travail

Le Digital Omnibus on AI a retiré les composants de sécurité alimentés par l’IA du champ d’application direct de l’AI Act, créant ainsi un vide réglementaire. Cette décision vise à éviter la duplication entre le Règlement sur les machines (EU) 2023/1230 et le Règlement sur l’IA (EU) 2024/1689, mais elle expose les travailleurs à des risques accrus si les exigences de sécurité ne sont pas correctement transférées.

Exemple illustratif : le chariot élévateur autonome

Un conducteur expérimenté utilise un chariot équipé d’un système d’IA capable de détecter les collisions imminentes et d’activer le frein d’urgence. Un collègue surgit derrière une pile de cartons, le système ne le reconnaît pas, le frein ne s’enclenche pas et aucun avertissement n’est fourni. Cette situation montre la nécessité d’une traçabilité des défaillances et d’une surveillance humaine fiable.

Conséquences du retrait du champ d’application

Sans les obligations strictes du AI Act, les fabricants de machines peuvent se retrouver sans cadre juridique clair pour les composants de sécurité à haut risque. Le vide pourra persister jusqu’en août 2028, période pendant laquelle les travailleurs et les employeurs restent exposés à une incertitude réglementaire.

Proposition de la Commission européenne

La Commission a lancé une proposition d’amendement au Règlement sur les machines afin d’inclure les exigences relatives aux IA à haut risque dans les machines. Cette modification serait mise en œuvre via un acte délégué disposant d’un délai de deux ans pour être finalisée.

Risques liés à une définition restreinte du « composant de sécurité »

Si la définition du composant de sécurité venait à se restreindre, des systèmes critiques – comme la détection d’obstacles ou la reconnaissance de piétons – pourraient être exclus du régime à haut risque, permettant leur mise sur le marché sans les garanties minimales de sécurité prévues par l’AI Act.

Impact sur les parties prenantes

Travailleurs : besoin d’une garantie claire que les sauvegardes ne seront pas diluées.
Fabricants : nécessité de connaître les exigences applicables et les modalités d’évaluation de la conformité.
Union syndicale : vigilance sur la fragmentation réglementaire et appel à une transparence totale.

Recommandations pour combler le vide réglementaire

1. Établir un calendrier précis pour le transfert des exigences de l’AI Act vers le Règlement sur les machines.
2. Impliquer les syndicats et les experts en sécurité au travail dès les phases de rédaction.
3. Assurer la traçabilité des défaillances grâce à des journaux d’événements détaillés.
4. Maintenir les exigences de haute fiabilité jusqu’à l’adoption de normes harmonisées.
5. Prévoir des mécanismes d’ajustement rapide pour répondre à l’évolution rapide des technologies d’IA.

Conclusion

La simplification réglementaire ne doit pas se traduire par une affaiblissement de la protection des travailleurs. Il est crucial que la Commission européenne intègre intégralement les garanties de l’AI Act dans le Règlement sur les machines, en veillant à une mise en œuvre transparente, rapide et robuste, afin que la sécurité au travail ne soit jamais compromise par l’innovation technologique.

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