Adoption de l’IA militaire : un déséquilibre croissant face à la coopération mondiale
Les militaires du monde entier adoptent rapidement l’intelligence artificielle (IA) tandis que la coopération internationale semble stagner. Lors d’un récent sommet militaire sur l’IA, les États-Unis et la Chine se sont montrés moins engagés, laissant les puissances intermédiaires face à un choix crucial : diriger la conversation ou avancer vers un avenir sans garde-fous.
Le sommet REAIM à A Coruña
La semaine dernière à A Coruña, Espagne, des délégations étatiques et des représentants de l’industrie de l’IA, du monde académique et de la société civile se sont réunis pour le troisième sommet multilatéral sur l’IA responsable dans le domaine militaire (REAIM). Ce sommet vise à orienter l’avenir de la coopération internationale dans ce domaine. Les deux sommets précédents ont produit des documents de résultats qui ont reçu un large soutien, tandis que cette année, seuls 35 pays, sans la participation des États-Unis ni de la Chine, ont approuvé le document de résultats intitulé « Voies d’action ».
Les défis de la coopération internationale
Bien que les documents de résultats ne soient pas contraignants, ils mettent en lumière les préoccupations critiques des pays pour l’année à venir. Le faible soutien reçu par le document de cette année illustre la fragmentation géopolitique actuelle, notamment entre les États-Unis et l’Europe. La question qui se pose maintenant est de savoir si les puissances intermédiaires pourront promouvoir des règles et des mesures de confiance concernant l’IA militaire si les grandes puissances deviennent de plus en plus distantes.
Les impacts de l’administration Trump
L’administration Trump a perturbé les relations des États-Unis, en particulier avec ses partenaires de l’NATO. L’incertitude quant à l’évolution des relations avec les États-Unis et, dans une moindre mesure, avec la Chine complique l’engagement des pays envers la coopération internationale. Les délégations des États-Unis et de la Chine étaient considérablement plus petites lors du sommet REAIM en Espagne par rapport à celui de 2024 en Corée du Sud.
Le fossé entre le dialogue international et l’intégration de l’IA
Le fossé grandissant entre le dialogue international sur l’IA militaire, qui met souvent l’accent sur les risques et les contraintes potentielles d’utilisation, et les efforts croissants des militaires pour intégrer l’IA, devrait inquiéter toutes les nations. Les voies multilatérales traditionnelles pour discuter de la gouvernance mondiale des applications militaires de l’IA avancent à un rythme glacial, tandis que les États développent et expérimentent déjà des capacités d’IA sur le terrain.
Opportunités pour les puissances intermédiaires
Les puissances intermédiaires doivent désormais réfléchir à la manière de promouvoir des mesures de confiance sur l’IA militaire. Ce moment pourrait être considéré comme une opportunité, car le processus REAIM a été mené par des puissances intermédiaires depuis le début. Les Pays-Bas, la Corée du Sud et Singapour ont déjà pris les devants dans ce domaine, ce qui pourrait leur permettre de redéfinir leurs objectifs de sécurité indépendamment des États-Unis.
Vers une nouvelle approche
Une voie à suivre pour ces puissances intermédiaires est de faire avancer le processus REAIM qu’elles ont initié. En utilisant l’élan du sommet comme un point de convergence pour la coopération internationale et le renforcement des capacités en matière d’IA militaire, elles pourraient établir des règles de conduite essentielles. Bien que les États-Unis et la Chine soient toujours invités, les puissances intermédiaires ne devraient pas se soucier de l’étendue de leur participation.
Conclusion
Le processus REAIM représente un pont crucial entre les efforts de l’ONU, souvent axés sur la réglementation, et la réalité des investissements militaires croissants dans l’IA. Les décisions prises maintenant pourraient avoir des répercussions significatives sur les mesures de confiance et d’autres opportunités visant à réduire les risques militaires liés à l’utilisation de l’IA sans restreindre les États dans l’utilisation de cette technologie essentielle.
