Conséquences de l’affaire Heppner sur la protection des conversations avec l’IA

La Cour déclare que les conversations avec l’IA ne sont pas privilégiées : ce que signifie l’affaire États-Unis c. Heppner pour vous

Le 13 février 2026, le juge Jed S. Rakoff du tribunal de district des États-Unis pour le district sud de New York a rendu une décision concernant la protection des communications non avocat avec une plateforme d’IA générative par le biais du privilège avocat-client ou de la doctrine du travail produit. Le juge Rakoff a statué qu’elles ne sont pas protégées.

Implications immédiates

Cette décision a deux implications immédiates pour toute personne utilisant des outils d’IA tels que ChatGPT, Claude, Gemini ou des plateformes similaires en relation avec des questions légales ou réglementaires.

Premièrement, le juge Rakoff a soutenu que, puisque les outils d’IA n’ont pas de licence d’avocat, les communications avec eux ne sont pas par définition des communications avocat-client et ne bénéficient donc pas de la protection du privilège avocat-client ou du travail produit.

Deuxièmement, le juge a affirmé que même les communications autrement privilégiées perdent leur statut privilégié si elles sont partagées avec des outils d’IA publics.

Analyse du jugement

L’analyse du juge est claire et fondée sur une doctrine bien établie, ce qui laisse penser que d’autres tribunaux traiteront les litiges sur le privilège lié à l’IA de manière similaire à l’avenir. Cela constitue un avertissement critique sur les risques d’utilisation des outils d’IA pour analyser des problèmes juridiques, en particulier pour les non-juristes.

Références de l’affaire

Dans l’affaire États-Unis c. Heppner, le défendeur, un cadre supérieur inculpé pour fraude boursière, a utilisé Claude, l’assistant IA d’Anthropic, pour analyser sa situation juridique, esquisser des stratégies de défense et développer des arguments légaux, agissant de sa propre initiative et sans directive de ses avocats.

Lors d’une perquisition à son domicile, le FBI a saisi environ 31 documents consignant ces conversations avec l’IA. Heppner a demandé l’exclusion de ces documents, arguant qu’ils étaient protégés par le privilège avocat-client et la doctrine du travail produit. Le juge Rakoff a rejeté ces deux arguments.

Principales décisions

Aucun privilège avocat-client

La cour a conclu que les communications avec un chatbot IA ne sont pas protégées par le privilège avocat-client pour plusieurs raisons :

  • L’IA n’est pas un avocat. Claude ne peut pas établir de relation avocat-client avec un utilisateur.
  • Aucune attente raisonnable de confidentialité. La politique de confidentialité d’Anthropic stipule que la société collecte les entrées des utilisateurs et les sorties de l’IA, utilise ces données à des fins de formation et se réserve le droit de les divulguer à des tiers, y compris aux autorités gouvernementales.
  • La divulgation d’informations privilégiées renonce au privilège. Alimenter des conseils reçus de l’avocat dans un outil IA public équivaut à une divulgation à un tiers, annulant ainsi le privilège sur la communication sous-jacente.
  • Le privilège ne peut pas être créé après coup. Même si les suggestions de l’IA étaient destinées à être partagées avec un avocat, les communications non privilégiées ne deviennent pas privilégiées lorsqu’elles sont partagées avec un avocat.

Aucune protection du travail produit

La cour a également rejeté l’argument de travail produit du défendeur :

  • Aucune directive de l’avocat. La protection du travail produit s’applique uniquement aux documents préparés par ou à la demande d’un avocat.
  • L’IA n’est pas un avocat. Les documents générés par l’IA ne reflètent pas la stratégie et les impressions mentales de l’avocat.
  • Affecter la stratégie n’est pas la même chose que refléter la stratégie. Les documents devaient refléter la stratégie légale de l’avocat au moment de leur création.

Leçons clés à retenir

Aucune personne ne devrait entrer des informations de travail ou privilégiées dans des outils d’IA publics. Les communications avec un avocat, la stratégie de litige, les faits de l’affaire et les documents sensibles ne devraient jamais être saisis dans des plateformes IA publiques telles que ChatGPT, Claude ou d’autres outils similaires.

Il est crucial d’assumer que tout ce que vous tapez pourrait être découvert et utilisé contre vous. Cela s’applique tant aux avocats qu’aux non-avocats.

Les plateformes d’IA sont puissantes, mais les versions publiques ne sont pas des canaux confidentiels. Les versions privées ne créent pas non plus de relation avocat-client ou ne garantissent pas la protection du travail produit pour les non-juristes. Toute personne impliquée dans des affaires légales devrait traiter ces plateformes en conséquence et prendre des mesures pour protéger les informations privilégiées et confidentielles.

Considérations supplémentaires pour les entreprises et les avocats internes

  • Mise en œuvre ou mise à jour des politiques d’utilisation de l’IA: cette opinion souligne l’urgence d’avoir des politiques claires régissant l’utilisation des outils d’IA par les employés.
  • Protection des enquêtes internes : les employés ayant participé à une enquête interne peuvent compromettre le privilège en traitant ces informations via un outil IA public.
  • Documenter les directives de l’avocat : lorsqu’un employé aide à la préparation d’un litige, il devrait y avoir une directive claire et documentée de l’avocat.
  • Conseiller la direction : les dirigeants qui utilisent l’IA pour analyser l’exposition réglementaire doivent être avertis que cela ne sera pas protégé.
  • Évaluer soigneusement les outils IA d’entreprise : lors de l’évaluation des déploiements IA d’entreprise, négocier des dispositions contractuelles qui garantissent la confidentialité.

Conclusion

Le cas États-Unis c. Heppner est une opinion de première impression, mais son raisonnement est solide et devrait être suivi. Les outils d’IA générative sont puissants, mais les versions publiques ne sont pas des canaux confidentiels et même les versions privées ne créent pas de relation avocat-client ni n’offrent une protection du travail produit aux non-juristes.

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