Gouvernance mondiale de l’IA et du nucléaire : décryptage de la résolution 80/23 de l’AGNU
Résumé des points clés
- En décembre 2025, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 80/23, qui aborde les risques liés à l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les systèmes de commandement, de contrôle et de communication (NC3) nucléaires.
- Tous les États dotés d’armes nucléaires ont soit voté contre, soit se sont abstenus de la résolution, renforçant les préoccupations concernant la régulation de l’usage des armes nucléaires.
- La résolution 80/23 a néanmoins établi une plateforme clé pour un dialogue multilatéral continu sur le rôle des humains dans le contrôle et la supervision des systèmes NC3 intégrant l’IA.
Contexte de la résolution 80/23
Le 1er décembre 2025, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 80/23, présentée par sa Première Commission sur le désarmement et la sécurité internationale, concernant les risques potentiels liés à l’intégration de l’IA dans les systèmes NC3 nucléaires. Un total de 118 États ont voté en faveur, 9 contre et 44 se sont abstenus.
Les 9 États qui ont voté contre incluent la France, Israël, la Corée du Nord, la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis. La Chine, l’Inde et le Pakistan se sont abstenus. Ce schéma de vote est significatif, car tous les États dotés d’armes nucléaires ont soit voté contre, soit se sont abstenus, tandis que les États non dotés d’armes nucléaires ont continué à s’efforcer de façonner les règles entourant l’utilisation des armes nucléaires.
Risques liés à l’intégration de l’IA dans les systèmes NC3
Les systèmes NC3 décrivent des systèmes interconnectés responsables de la supervision des opérations nucléaires, incluant la sensibilisation à la situation, la planification, la prise de décision, la gestion des forces et l’exécution des commandements. Dans le contexte des NC3, l’IA fait référence à des systèmes formés sur de grands ensembles de données, permettant des résultats prédictifs ou génératifs.
L’intégration de l’IA dans les systèmes NC3 pose des risques nécessitant une attention urgente pour préserver la stabilité stratégique. Le préambule de la résolution 80/23 souligne que la prise de décision assistée par IA dans les systèmes NC3 « pourrait réduire le contrôle humain et la supervision, augmentant ainsi la possibilité de distorsions induites dans les environnements de prise de décision et réduisant les fenêtres d’action et de réponse ». Compte tenu des environnements sensibles dans lesquels opèrent les systèmes NC3, il existe une quantité limitée de données d’entraînement et de références pour évaluer l’exactitude et l’efficacité des sorties des modèles d’IA intégrés.
Développement des règles et normes autour de l’intégration de l’IA dans les NC3
L’adoption de la résolution 80/23 par l’ONU marque un moment significatif dans la gouvernance mondiale du nexus IA-nucléaire. Plutôt que d’imposer des contraintes directes irréalistes sur les États dotés d’armes nucléaires, la résolution s’est concentrée sur l’institutionnalisation d’un dialogue multilatéral sur les risques découlant de l’intégration de l’IA dans les systèmes NC3. Cela permet la création d’une plateforme inclusive par laquelle des normes et des mesures de confiance peuvent se développer progressivement.
En mettant l’accent sur le contrôle humain et la supervision, la résolution 80/23 propose une référence normative pour de futures discussions multilatérales, même si elle n’est pas juridiquement contraignante. Cela est particulièrement significatif puisque les États dotés d’armes nucléaires ont été constamment réticents à divulguer des détails concernant les systèmes NC3.
Conclusion
À l’avenir, le principal défi sera de savoir comment mettre en œuvre concrètement le contrôle et la supervision humains dans la conception et le fonctionnement des systèmes NC3. De nombreuses questions restent à considérer, notamment comment définir le contrôle humain, ce qui qualifie la supervision, et comment garantir la responsabilité dans un contexte de manque de transparence. Répondre à ces questions nécessitera un dialogue multilatéral soutenu, pour lequel la résolution 80/23 a désormais créé le premier jalon.
