Pourquoi la Corée du Sud cherche à être le premier pays à réglementer l’IA
Avec seulement quelques semaines avant l’entrée en vigueur de la première loi mondiale sur l’intelligence artificielle, un sentiment d’inquiétude se répand dans le secteur technologique de la Corée du Sud.
Un délai de grâce d’un an a été promis, mais de nombreuses entreprises restent floues sur les attentes exactes de cette loi.
La loi sur le cadre de l’IA
La loi sur le cadre de l’IA, adoptée par l’Assemblée nationale en décembre 2024 et prévue pour entrer en vigueur le 22 janvier, représente la première tentative de réglementation et de promotion de l’IA sous un cadre légal unifié. Cela marque l’ambition de la Corée de rejoindre le club des “G3 de l’IA”, aux côtés des États-Unis et de la Chine.
Un pari sur le premier arrivé
Le timing n’est pas un hasard. Alors que l’Union européenne a d’abord passé sa loi sur l’IA, ses dispositions clés n’entreront en vigueur qu’en 2027. En revanche, la Corée est prête à agir rapidement, non seulement par la législation, mais aussi avec des actions concrètes.
Les décideurs estiment qu’il s’agit de plus qu’un simple symbole. Une action précoce permettra à la Corée de façonner la conversation internationale sur l’éthique et la sécurité de l’IA, particulièrement à un moment où les règles mondiales restent en évolution.
Les critiques s’expriment
Cependant, tous ne sont pas convaincus. Les critiques avertissent que cela pourrait être davantage une course aux gros titres qu’une véritable gouvernance. Ils soulignent que les entreprises pourraient être prises au dépourvu par des normes ambiguës et des délais précipités.
Principes élevés, définitions floues
Au cœur de l’approche de la Corée se trouve un principe d’innovation prioritaire. La loi permet aux entreprises de développer et de déployer des systèmes d’IA sans approbation préalable du gouvernement. Cela marque un changement clair par rapport aux modèles de précaution, visant à éliminer les goulets d’étranglement réglementaires qui ont longtemps freiné l’innovation technologique.
Cependant, cette promotion s’accompagne d’obligations. La loi impose un soutien de l’État pour l’avancement de l’IA, notamment le financement de centres de données spécialisés, des programmes de normalisation et la formation de la main-d’œuvre.
Catégorie de l’IA à fort impact
Un aspect crucial de la loi est la définition d’une nouvelle catégorie : l’IA à fort impact. Ce sont des systèmes utilisés dans des domaines sensibles tels que les dispositifs médicaux, l’infrastructure énergétique, les algorithmes de recrutement et le contrôle des installations nucléaires. Les entreprises opérant de tels systèmes devront réaliser des évaluations internes des risques et un suivi continu.
Les exigences de transparence
Une règle de transparence qui attire particulièrement l’attention stipule que tout contenu généré par l’IA — image, vidéo ou audio — doit être clairement étiqueté et marqué. Des marques d’eau lisibles par machine, invisibles à l’œil nu, sont également requises pour prévenir les abus.
Confusion croissante dans l’industrie
Bien que le gouvernement espère que la nouvelle loi renforcera la position de la Corée en tant que l’un des trois principaux acteurs mondiaux de l’IA, de nombreux acteurs du secteur affirment qu’ils restent dans l’incertitude.
Une enquête récente a révélé que 98 % des startups locales en IA n’avaient pas encore entrepris de démarches formelles de conformité, invoquant un manque de directives claires.
Une période de grâce d’un an
Pour faciliter la transition, le gouvernement a introduit une période de grâce d’un an. Pendant cette période, les pénalités — qui peuvent atteindre 30 millions de wons (20 800 $) — seront suspendues. Les responsables affirment que l’objectif n’est pas de punir, mais d’aider l’industrie à se préparer.
Le véritable test sera de voir comment ces principes se traduisent dans des scénarios réels.
