Le jugement de la Cour ADGM : un avertissement sur l’utilisation responsable de l’IA

Le jugement du tribunal ADGM : un avertissement concernant l’utilisation responsable de l’IA

Le Tribunal du Abu Dhabi Global Market (ADGM) a rendu un jugement détaillé sur les coûts qui sert également de guide pratique pour les avocats concernant l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle (IA) dans les litiges.

Contexte du cas

Dans une affaire découlant d’un litige entre Arabyads Holding Ltd (le Demandeur) et l’ancien employé Gulrez Alam (le Défendeur) (Référence du cas [2025] ADGMCFI 0032), le tribunal a abordé plusieurs demandes de coûts et, surtout, a sanctionné les anciens représentants juridiques du Défendeur pour des échecs de recherche liés à l’IA qui ont induit en erreur le Demandeur et le tribunal.

Défaillances dans la représentation juridique

Le représentant légal du Défendeur a préparé une défense s’étendant sur 327 paragraphes et 233 pages d’extraits, nécessitant une révision approfondie par le représentant légal du Demandeur uniquement en raison du nombre de pages soumises. Ce dernier a également découvert que les autorités citées dans le dossier étaient fictives, mal citées ou non soutenues par la proposition avancée.

Principaux enseignements du jugement

Dans son jugement, le Tribunal ADGM a constaté que :

  • L’utilisation de l’IA a gagné en popularité parmi les praticiens du droit.
  • Il reste cependant de la responsabilité de l’avocat de vérifier toute recherche préparée par un outil d’IA.
  • Cette vérification inclut la confirmation que les autorités citées existent et soutiennent la position avancée dans la plaidoirie.
  • Sans cette vérification, les avocats risquent d’induire en erreur le tribunal par leurs soumissions.

Les échecs dans ce cas ont été décrits comme “irréfléchis”, constituant une violation des Règles de Conduite du Tribunal ADGM 2016 et franchissant le seuil des coûts gaspillés.

Responsabilité des avocats

Malgré les explications du représentant légal concernant les contraintes de temps, de frais, et l’absence de conseils au Royaume-Uni, le tribunal a conclu que les avocats restent tenus de vérifier les recherches et devraient se retirer s’ils ne peuvent pas agir de manière compétente.

Le dépôt d’une plaidoirie défectueuse sans vérification appropriée constitue une violation des devoirs dus au tribunal. La conduite du représentant légal a été décrite comme “déraisonnable, sinon inappropriée”, et il a été condamné à payer AED 282,508 au Demandeur pour les coûts liés à la défense, à la préparation de l’audience concernant les coûts gaspillés et à sa présence à l’audience.

Répercussions globales de l’utilisation de l’IA

Ce jugement établit un repère clair pour l’ADGM et fait suite à un jugement rendu en 2025 par le Qatar Financial Centre Civil and Commercial Court qui a abordé l’utilisation abusive de l’IA et la citation de cas inexistants. Ce jugement au Qatar concernait la citation par un avocat d’une décision prétendue du Qatar Financial Centre Court qui n’existait pas (un “cas fictif”).

La montée de l’IA dans les litiges est observée à l’échelle mondiale, et plusieurs affaires ont examiné l’utilisation inappropriée de l’IA, y compris :

  • Une affaire dans le US District Court for Southern District of New York en 2023, où des avocats ont utilisé l’IA générative pour la recherche juridique, produisant plusieurs cas qui n’existaient pas.
  • En 2025, la Haute Cour d’Angleterre et du Pays de Galles a dû examiner le devoir professionnel de ceux utilisant l’IA dans la recherche.

Conclusion

L’IA peut être un outil utile, mais les résultats non vérifiés représentent un risque professionnel. Il reste donc de la responsabilité de quiconque utilisant l’IA à des fins de recherche de s’assurer que les cas pertinents existent, soutiennent la proposition avancée et sont correctement cités.

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