La nouvelle politique d’exportation des puces IA vers la Chine : incohérente et inapplicable
Le 13 janvier, le Département du Commerce a publié une nouvelle réglementation permettant la vente de puces IA avancées à la Chine, codifiant le changement majeur de politique annoncé par le Président Trump le 8 décembre. Cette réglementation assouplit les restrictions sur l’exportation des puces Nvidia H200, ainsi que des puces AMD MI325X et équivalentes d’autres entreprises, auparavant interdites à l’exportation vers la Chine.
La réglementation reconnaît que l’exportation de puces IA avancées vers la Chine pose de sérieux risques pour la sécurité nationale, tout en créant simultanément un chemin pour autoriser leur vente. Le résultat est un cadre qui est stratégiquement incohérent. Si elle est mise en œuvre fidèlement, elle bloquera probablement la plupart ou la totalité des exportations vers la Chine, mais si elle est appliquée de manière lâche, elle échouera à traiter les préoccupations qui ont motivé les contrôles d’exportation en premier lieu.
Éléments clés de la réglementation
- Seuils révisés : La réglementation permet l’exportation de puces IA 13 fois plus puissantes que ce qui était précédemment autorisé, permettant l’expédition de puces IA ayant une performance de traitement total (TPP) inférieure à 21 000, ou une bande passante DRAM totale inférieure à 6 500 Go/s.
- Plafond de volume des puces : Pour chaque produit, le nombre de puces exportées vers la Chine ne peut pas dépasser 50 % du nombre de puces expédiées aux clients américains pour un usage final aux États-Unis.
- Aucune exportation pour les centres de données en dehors de la Chine : La réglementation maintient une politique de « présomption de refus » sur les exportations de puces IA vers les centres de données détenus par la Chine situés en dehors de la Chine.
- Certification de fourniture américaine : L’exportateur doit certifier que les exportations vers la Chine ne causeront « aucun retard » dans l’exécution des commandes existantes ou nouvelles des clients américains de puces IA.
- Certification d’utilisation finale : L’exportateur doit certifier que les puces ne seront pas utilisées à des fins militaires, d’intelligence ou d’armement de destruction massive.
Évaluation de l’impact des réglementations
Bien que la réglementation impose certaines limites sur le nombre de puces IA que la Chine peut recevoir, le plafond global reste très élevé. Les analystes estiment que Nvidia a vendu environ 2 millions de puces H200 aux États-Unis, et potentiellement 2 millions d’autres H100. Ainsi, la réglementation plafonnerait les ventes de H200 à la Chine à environ 1 million de H200, ce qui suffirait à créer le plus grand centre de données IA au monde.
La restriction des entreprises chinoises d’utiliser des puces américaines dans des centres de données en dehors de la Chine est une arme à double tranchant. D’une part, cela garantit que les entreprises chinoises n’utiliseront pas de puces américaines dans des centres de données concurrents des fournisseurs de cloud américains. D’autre part, cela garantit que toutes les puces américaines seront utilisées à l’intérieur de la Chine pour des cas d’utilisation IA sensibles.
Défis des certifications
Certaines des certifications requises par cette règle seraient difficiles, voire impossibles, à réaliser de manière crédible. La réglementation emprunte largement des concepts du GAIN AI Act et exige des exportateurs qu’ils certifient que les commandes pour les clients chinois ne nuiront pas à l’approvisionnement en puces IA disponibles pour les clients américains.
De plus, la réglementation exige que les exportateurs certifient que les clients chinois mettent en œuvre des pratiques de connaissance client (KYC) « robustes » pour empêcher l’accès des Puissances Armées de la Libération (PLA) aux puces. Cependant, les acheteurs chinois les plus probables sont des fournisseurs de cloud tels qu’Alibaba et Tencent, qui ont des liens documentés avec les services militaires et de sécurité chinois.
Un précédent dangereux
Bien que la réglementation ne crée pas explicitement un barème glissant, la logique politique — que des puces plus anciennes commercialement disponibles aux États-Unis devraient être exportables vers la Chine à un certain ratio — établit un précédent potentiellement dangereux. Par exemple, la vente d’1 million de H200 à la Chine augmente la puissance de calcul IA domestique de 250 % cette année.
Conclusion
La règle démontre involontairement qu’il n’existe pas de version d’une politique d’exportation de puces IA vers la Chine qui soit à la fois permissive, applicable, exécutoire et protectrice de la sécurité nationale américaine. Bien que les restrictions incluses dans la règle soient préférables à des exportations inconditionnelles, elles restent problématiques, créant un faux sentiment de sécurité tout en autorisant un très grand nombre d’exportations de puces IA vers la Chine.
La politique la plus efficace reste la plus simple : interdire l’exportation de toutes les puces IA vers la Chine.
