Le rôle de l’ONU dans la réduction du fossé mondial en IA
Le Dialogue Mondial de l’ONU à Genève, tenu du 6 au 7 juillet, a rassemblé gouvernements, entreprises, universitaires et société civile afin d’analyser les risques liés à l’élargissement du fossé technologique entre les puissances moyennes, les pays en développement et les superpuissances de l’IA.
Concentration des capacités technologiques
Les semi-conducteurs avancés, l’infrastructure de calcul et les capacités d’IA restent largement dominés par les États‑Unis et la Chine. Cette concentration crée une dépendance des pays qui n’ont ni développé ni entièrement contrôlé ces technologies, les obligeant à choisir entre les systèmes propriétaires américains et les modèles à poids ouvert chinois.
Proposition du « Dialogue des Dialogues »
Face à cette asymétrie, l’ONU a proposé une approche de « Dialogue des Dialogues », inspirée des modèles de l’IPCC, de l’ICAO et de l’OMS. Cette initiative vise à :
- 1. Lier les initiatives de gouvernance existantes pour créer une synergie.
- 2. Améliorer l’interopérabilité technique entre les différents cadres réglementaires.
- 3. Développer des bases de sécurité partagées afin d’harmoniser les standards de sûreté.
- 4. Renforcer les capacités des pays pour qu’ils puissent participer activement à la définition des normes futures.
Exemples de coalitions et d’initiatives
Des formats collaboratifs déjà en place illustrent le potentiel de cette approche :
- Coalitions de calcul : l’« AI Continent Action Plan » de l’UE, le Plan d’Intelligence Artificielle du Brésil (PBIA) et l’initiative « AI Factory » en Afrique, qui favorisent la souveraineté numérique et le développement de modèles locaux.
- Coalitions réglementaires : le Règlement IA de l’UE et le projet ASEAN DEFA de Singapour, qui cherchent à établir des règles communes sur le commerce numérique et la confiance des flux de données transfrontaliers.
Interoperabilité comme levier
L’interopérabilité technique peut réduire les coûts de conformité en permettant aux développeurs d’IA de démontrer leur conformité à plusieurs régimes réglementaires sans duplications coûteuses. Cela favorise la compétitivité internationale des entreprises des pays moins avancés technologiquement.
Limites et risques
Le Dialogue des Dialogues ne peut pas imposer de contraintes contraignantes aux États‑Unis ou à la Chine, ni remplacer leurs initiatives dominantes telles que le Pax Silica ou le groupe WAICO. Un mauvais pilotage pourrait même aggraver la fragmentation réglementaire. Il est donc crucial que les régulateurs collaborent avec le secteur privé pour établir des normes partagées de sécurité et des exigences de transparence.
Perspectives pour 2027
Des pays comme le Costa Rica envisagent d’atteindre une « interopérabilité minimale viable » d’ici 2027, incluant :
- Terminologie commune
- Classification des risques comparable
- Documentation cohérente
- Rapports d’incidents interopérables
- Méthodes d’évaluation multilingues
Rôle du Royaume-Uni et de l’ODET
Le Royaume‑Uni, grâce à son expertise en recherche sur la sécurité de l’IA et à son statut de signataire du Pax Silica, est bien placé pour soutenir cette démarche. L’Office for Digital and Emerging Technologies (ODET) de l’ONU, responsable du Global Digital Compact 2024, est recommandé pour coordonner l’effort, assurer une participation équilibrée et garantir une gouvernance indépendante.
Conclusion
Réduire le fossé mondial en IA nécessite un multilatéralisme inclusif et la mise en place d’infrastructures de gouvernance technologique. Le Dialogue des Dialogues offre une voie pour renforcer les capacités des nations intermédiaires, favoriser l’interopérabilité et garantir que l’IA serve le progrès universel plutôt que la fragmentation.
