Réglementation de l’IA en Californie : tensions entre politiques et innovations

La Californie face à la régulation de l’IA

La Californie est devenue le champ de bataille d’une lutte imminente concernant la régulation de l’intelligence artificielle (IA), avec la plupart des plus grandes entreprises d’IA du monde situées dans la zone d’impact.

Résistance des législateurs californiens

Les législateurs de l’État ne reculent pas, même après que le président Donald Trump a menacé de punir les États qui adoptent leurs propres règles sur l’IA.

Les législateurs démocrates soutiennent que l’IA sans restriction nuit déjà à la santé mentale, surtout chez les enfants, et que l’attente comporte également des risques. L’ordonnance exécutive de Trump de décembre, visant à retirer les financements fédéraux des États qui régulent l’IA, n’a pas changé cette perspective.

Pression de l’industrie

Les entreprises intensifient leurs efforts de lobbying. Les législateurs affirment que cette pression est forte mais pas décisive.

La députée Rebecca Bauer-Kahan a affirmé que les dépenses de l’industrie n’ont pas modifié sa position. Elle prévoit de réintroduire un projet de loi interdisant aux mineurs d’utiliser des chatbots dits de compagnie qui simulent des relations humaines, une proposition veto l’année dernière par le gouverneur Gavin Newsom.

Un soutien croissant

La Californie n’est pas seule. Des législateurs dans des États à majorité républicaine et démocrate commencent à résister à la position de Trump, alors que les rapports d’utilisateurs développant des attachements malsains aux chatbots se multiplient.

En septembre, Newsom a signé une loi obligeant les développeurs d’IA à divulguer leurs protocoles de sécurité, et les législateurs de New York s’inspirent déjà de ce cadre pour rédiger leurs propres règles.

Défis économiques

Cette poussée réglementaire se heurte à une réalité économique brutale. L’IA est devenue l’un des moteurs de revenus les plus puissants de l’État, avec un budget d’environ 320 milliards de dollars.

Les entreprises de la Silicon Valley, sous le feu des critiques, ont une valeur marchande combinée de plus de 15 trillions de dollars.

Les retenues d’impôts liées à la croissance alimentée par l’IA dans des entreprises comme Apple, Nvidia, et Alphabet représentent désormais environ 10 milliards de dollars par an pour le trésor californien.

Menaces de départ

Le gouverneur Newsom, un démocrate aux ambitions nationales, se trouve dans une position délicate. Les groupes industriels avertissent que les entreprises pourraient se relocaliser si la Californie impose des règles qu’ils jugent hostiles.

Ils pointent les récents départs de Hewlett Packard Enterprise, Oracle, et Tesla.

Négociations en cours

Les négociations en coulisse se sont intensifiées. Des législateurs, lobbyistes et fondateurs se disputent l’accès des mineurs aux outils d’IA et l’utilisation de matériel protégé par des droits d’auteur dans la formation des modèles. Les électeurs pourraient également entrer en jeu.

Common Sense Media collecte des signatures pour une initiative visant à limiter l’utilisation des chatbots par les mineurs. OpenAI prévoit de proposer une mesure concurrente lors du scrutin de novembre.

Chacune nécessite plus de 500 000 signatures valides d’ici juin.

Initiatives de protection

Common Sense, fondé par Jim Steyer, a déclaré avoir eu des discussions avec des dirigeants d’OpenAI pour trouver un terrain d’entente. Il qualifie la Californie de centre de facto de la réglementation technologique majeure aux États-Unis.

Steyer soutient que l’opinion publique est en faveur des protections pour les enfants et que l’élan favorise des limites, et non un retard.

OpenAI a déclaré explorer des protections de sécurité pour les adolescents, y compris la prédiction d’âge et des contrôles parentaux supplémentaires, en s’appuyant sur les normes californiennes existantes.

Dépenses politiques croissantes

Les entreprises technologiques intensifient également leurs dépenses politiques. Elles soulignent le rôle de l’IA dans le financement des écoles et des services sociaux.

Adam Kovacevich, PDG de Chamber of Progress, a déclaré que l’industrie ne demande pas des réductions d’impôts, mais seulement une reconnaissance de sa contribution au filet de sécurité de l’État.

Ce groupe est soutenu par Andreessen Horowitz, Apple, OpenAI, et d’autres.

Kovacevich a évoqué un moment en 2024 lorsque la montée des actions de Nvidia a inversé les prévisions budgétaires de la Californie, passant d’un déficit à un excédent.

Il s’interroge sur la raison pour laquelle les législateurs prendraient le risque de nuire à ce qu’il appelle la grosse poule aux œufs d’or.

Propositions législatives

La Chamber of Progress s’oppose au projet de loi Assembly Bill 412, qui obligerait les entreprises à divulguer le matériel protégé par des droits d’auteur utilisé pour former les modèles d’IA générative.

Le groupe estime que cette loi pourrait coûter à la Californie au moins 381 millions de dollars en revenus perdus. Les syndicats d’Hollywood soutiennent la proposition, arguant que les créateurs ont besoin de protections applicables.

Par ailleurs, Meta Platforms a financé un super PAC axé sur le secteur de l’IA en Californie avec 20 millions de dollars.

La California Chamber of Commerce avertit que des interdictions générales d’accès des mineurs aux chatbots pourraient pousser les entreprises d’IA hors de l’État.

Conclusion

Les législateurs retournent à Sacramento le 5 janvier et insistent sur le fait que les règles de sécurité ne freineront pas l’innovation. Un projet de loi, le SB 300, est prévu pour des amendements afin de bloquer le contenu de chatbot à caractère sexuel pour les mineurs.

Une autre proposition attendue ce mois-ci imposerait un moratoire de quatre ans sur la vente de jouets de chatbot alimentés par l’IA aux enfants. Que l’industrie plie en premier ou que l’État le fasse reste une question en suspens.

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