Utilisation d’IA par un avocat : enjeux et conséquences

Contexte de l’affaire

La Division des audiences du Tribunal de la société du droit de l’Ontario n’a constaté aucun biais dans sa réponse aux questions soulevées par l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) par un avocat lors des procédures visant à modifier ou à lever la suspension interlocutoire de sa licence.

Première instance au Canada

Un post LinkedIn d’Amy Salyzyn, professeur de droit à l’Université d’Ottawa, a décrit cette affaire comme « la première instance rapportée (du moins au Canada) d’un avocat soumettant des documents problématiques générés par l’IA dans le cadre d’une audience disciplinaire ». Dans l’affaire Mazaheri c. Law Society of Ontario, 2025 ONLSTH 186, le demandeur était un avocat dont la licence avait été suspendue de manière interlocutoire.

Détails de la procédure

Le 12 novembre 2024, le demandeur a demandé à modifier ou à lever la suspension interlocutoire. Lors d’une motion sur l’admissibilité et le biais, il a cherché à :

  • Exclure certaines preuves déposées par la Law Society of Ontario en réponse à sa demande de levée de suspension
  • Récuser les membres du tribunal pour incapacité à juger de manière impartiale, étant donné qu’ils avaient examiné des preuves auxquelles il s’opposait
  • Récuser les membres, car ils l’avaient critiqué lors d’une audience de gestion de cas, interrompu dans ses soumissions et soulevé des questions de conduite professionnelle sans autorité

Utilisation de l’IA

Le tribunal a noté que le demandeur avait déposé des documents de motion produits avec l’aide d’un outil d’IA générative qui « hallucinaient ». Il a fourni un tableau d’exemples d’autorités non existantes et trompeuses dans les documents.

Le 30 novembre 2025, le demandeur a admis devant le tribunal qu’il avait utilisé l’IA générative, spécifiquement Grok, pour rechercher et rédiger des documents, et qu’il n’avait pas vérifié suffisamment ses matériaux, qui contenaient de nombreuses inexactitudes dans les citations, les liens hypertextes et l’application des règles du tribunal.

Admission et conséquences

Le demandeur a présenté des excuses, a pris la responsabilité de ses actes et s’est engagé à ne plus utiliser l’IA générative pour préparer des documents. Il a expliqué qu’il n’avait pas pu retenir un avocat pour l’aider dans ce processus, qu’il croyait de bonne foi que les outils d’IA fourniraient des citations et des raisonnements précis, et qu’il n’avait pas eu l’intention de tromper le tribunal.

Rejet de la motion sur le biais

La Division des audiences du Tribunal de la société du droit a rejeté la motion d’admissibilité et de biais pour absence de fondement. Le tribunal a jugé que les documents de la société du droit étaient admissibles et pertinents, considérant que les règles de preuve pour les motions de suspensions interlocutoires et de variations de suspensions interlocutoires étaient moins strictes que les règles de preuve civiles.

Le tribunal n’a constaté aucun biais dans l’examen des preuves contestées avant de déterminer leur admissibilité. Il a également noté qu’il n’avait pas traité le demandeur d’une manière qui pourrait susciter une appréhension raisonnable de biais.

Prochaines étapes

Le tribunal a informé le demandeur qu’il pourrait tenir compte des erreurs découlant de son utilisation de l’IA. Il lui a donné l’occasion de consulter un avocat et de se préparer pour la prochaine étape des procédures.

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