Risques de fragmentation dans la gouvernance de l’IA au Canada

Fragmentation à risque de désavantager les organisations canadiennes et l’IA

Le Canada se trouve à un carrefour en matière de gouvernance de l’intelligence artificielle (IA). Alors que les cadres réglementaires nationaux et internationaux se multiplient, tels que l’AI Act de l’Union européenne et les approches émergentes en Chine et aux États-Unis, le risque de fragmentation réglementaire menace de réduire l’innovation nationale, de contraindre la concurrence et de désavantager les organisations canadiennes opérant à l’étranger.

Un récent atelier réunissant des représentants du gouvernement, de l’industrie, des universitaires et des organisations de la société civile à Ottawa a mis en lumière l’urgence de ce défi et les voies à suivre à travers ce que l’on appelle l’“interopérabilité de l’IA” : l’alignement des cadres réglementaires à travers les juridictions et la compatibilité technique des systèmes d’IA sur différentes plateformes.

Les défis de la gouvernance mondiale de l’IA

La gouvernance mondiale de l’IA se fissure le long de lignes juridictionnelles, sectorielles et techniques, créant des charges de conformité croissantes pour les organisations cherchant à opérer à l’international. Les petites et moyennes entreprises (PME), qui constituent l’épine dorsale de l’économie canadienne, rencontrent des difficultés à naviguer dans ce paysage de plus en plus complexe et fragmenté. Les entreprises à ressources limitées manquent souvent d’expertise et de capital pour respecter simultanément des exigences réglementaires divergentes à travers l’UE, l’Amérique du Nord et la région Asie-Pacifique.

À l’inverse, les grandes entreprises peuvent absorber ces coûts de conformité, construisant une infrastructure sur mesure qui renforce leur avantage concurrentiel dans chaque région divergente. Le résultat est un paysage réglementaire qui favorise les grandes entreprises par rapport aux PME, un résultat peu enviable alors que la prospérité du Canada et sa souveraineté numérique dépendent de la promotion des PME en IA.

Les étapes stratégiques vers l’interopérabilité

Cet atelier a souligné le défi central de l’interopérabilité : sans efforts coordonnés pour établir des normes définitionnelles communes, des protocoles de mesure partagés et des accords de reconnaissance mutuelle, la fragmentation pourrait devenir irréversible. L’interopérabilité réglementaire ne signifie pas des règles identiques à travers les juridictions, mais l’établissement de consistances de base tout en permettant des variations d’implémentation locale qui reflètent des valeurs et des priorités distinctes.

Pour atteindre l’interopérabilité, le gouvernement canadien devrait adopter quatre étapes stratégiques :

  1. Accélérer le développement de “crosswalks” reliant les normes nationales et internationales, en réduisant les cycles de développement pour les normes techniques émergentes tout en plaidant pour que les cadres internationaux soient incorporés par référence dans les réglementations canadiennes.
  2. Maintenir un processus de normalisation inclusif et adaptable. Il est crucial d’éviter la standardisation prématurée qui pourrait transformer le risque d’innovation en risque de conformité, tout en évitant de s’abstenir totalement de normalisation, notamment dans les domaines à haut risque comme les dispositifs médicaux.
  3. Convoquer des groupes d’experts pour établir des normes définitionnelles, des protocoles de mesure et des cadres de reconnaissance mutuelle avec des partenaires internationaux, en veillant à ce que la société civile participe de manière significative à ces processus.
  4. Concevoir des cadres réglementaires pour des mises à jour itératives par incorporation par référence, permettant une adoption fluide des normes internationales en évolution sans des processus législatifs lourds.

Conclusion

Il existe un consensus canadien autour de “la voie du milieu” : ni l’approche réglementaire prescriptive de l’UE, ni celle, légère, axée sur le marché des États-Unis ne sont préférées. Une stratégie cohérente mêlant standardisation précoce, approches de gouvernance adaptatives, mécanismes de vérification complets et collaboration multisectorielle servira au mieux les organisations canadiennes.

La fragmentation consolide l’avantage des acteurs établis, érode la dynamique concurrentielle et gaspille l’opportunité du pays de façonner des efforts de gouvernance de l’IA mondialement interopérables qui reflètent les valeurs et les intérêts canadiens.

Le leadership stratégique sur l’interopérabilité n’est pas seulement prudent sur le plan technique ; il est essentiel pour l’avenir économique du Canada et notre capacité à garantir que les systèmes d’IA reflètent les valeurs diverses de la société canadienne.

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